Charles Robert Maturin 1780 - 1811
Un court extrait de ce très bon livre, à lire d'urgence si ce n'est déjà fait...
Dans l’automne de l’année 1816, John Melmoth,
élève du collège de la Trinité,
à Dublin, suspendit momentanément ses études
pour visiter un oncle mourant, et de qui dépendait toutes
ses espérances de fortune. John, qui avait perdu ses
parents, était le fils d’un cadet de famille, dont la
fortune médiocre suffisait a peine pour payer les frais de
son éducation; mais son oncle était vieux,
célibataire et riche. Depuis sa plus tendre enfance, John
avait appris, de tous ceux qui l’entouraient, à
regarder cet oncle avec ce sentiment qui attire et repousse
à la fois, ce respect mêlé à du
désir de plaire, que l’on éprouve pour
l’être qui tient en quelque sorte en ses mains le fil
de notre existence.
Aussitôt que John eut appris la maladie de son parent, il se
mit sur-le-champ en route. Son chemin passait par le comté
de Wicklow, et la beauté du pays ne l’empêcha
pas de se livrer à de tristes réflexions, dont
quelques-unes avaient rapport au passé, mais dont un plus
grand nombre regardait l’avenir. Les caprices et le
caractère morose de son oncle, les bruits étranges
qu’avaient occasionnés la vie retirée
qu’il menait depuis plusieurs années, la
dépendance dans laquelle sa fortune le mettait de cet homme
singulier: toutes ces pensées pesaient sur son âme. Il
s’efforçait de les repousser; seul dans la diligence,
il contemplait le pays, consultait sa montre; ses pensées le
quittaient pour un moment, mais ne pouvant les remplacer, il
était forcé de les rappeler, pour diminuer au moins
sa solitude. A mesure que la voiture approchait de la Loge,
résidence du vieux Melmoth, le coeur de John devenait de
plus en plus oppressé…
Melmoth, Charles Robert Maturin
- romantisme noir, arts sombres, doom et black metal -






















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